Qui est né dans une Allemagne encore conservatrice en gardera toujours les cicatrices...
Vivre la seconde. Rien à voir ici avec la classe du même nom. C'est le titre d'un des tubes du groupe. Et, accessoirement, la toute première chanson écrite par Bill: «Dis merde à hier et souviens-toi d'aujourd'hui/Avant que tu ne l'aies oublié.» Hier, pour les jumeaux Kaulitz nés à Leipzig deux mois avant la chute du Mur, c'est justement l'ex-Allemagne de l'Est, le poids de la faute liée à la Shoah, tous ces fardeaux de l'âme qui «ne sont même plus des sujets de discussion dans la génération d'aujourd'hui ».
Leur Allemagne à eux est «unique et unifiée». C'est Loitsche, la petite ville près de Magdebourg où ils ont grandi avec leur mère artiste couturière et leur beau-père guitariste, mais c'est aussi Munich, Francfort ou Berlin, où ils ont joué en 2005 pour la fête nationale célébrant la réunification. Peut-être la clé du succès de ces quatre adolescents tient-elle dans ce constat : ce sont des enfants de leur époque qui ont traversé des situations bien caractéristiques du moment. Parents divorcés, famille recomposée, perspectives pas franchement roses s'ils n'avaient eu la musique comme porte de sortie. Les quatre refusent pourtant de se laisser enfermer dans une image de représentants d'une génération «sacrifiée», aux prises avec un nouveau mal du siècle. Quand on leur objecte que c'est pourtant ce qu'ils chantent, Bill rectifie : «C'est juste qu'écrire des chansons est comme écrire un journal intime. Et comme un journal intime recueille généralement des choses tristes, notre répertoire a plutôt une coloration mélancolique. Mais on s'attache quand même toujours à ce que nos textes aient un message positif.» *